Entre facteurs biologiques, charge mentale et inégalités persistantes au travail, les femmes restent plus exposées aux troubles psychiques que les hommes. Les études récentes confirment cet écart préoccupant. Pour les entreprises et les CSE, mieux comprendre ces fragilités devient un enjeu majeur de prévention et de qualité de vie au travail.
Salaires, accès aux postes à responsabilités, représentation politique… Les inégalités entre les femmes et les hommes sont régulièrement mises en lumière. Une autre réalité demeure pourtant plus discrète dans le débat public, celle de la santé mentale. Et les chiffres récents montrent que l’écart est loin d’être anecdotique.
Selon le baromètre Les Français.es et leur bien-être mental, réalisé par l’Ifop pour la Fondation Aésio, 26 % des femmes jugent leur santé mentale moyenne ou mauvaise, contre 14 % des hommes. L’écart est encore plus marqué chez les moins de 35 ans : 30 % des femmes déclarent un mal-être psychique, contre seulement 12 % des hommes du même âge. Une autre étude de Santé publique France indique que 17 % des femmes ont connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois, contre 10 % des hommes.
Pour le professeur Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor à Créteil, ces écarts sont bien documentés par les données épidémiologiques. « Les femmes consultent davantage et expriment plus facilement leur souffrance, mais cela ne suffit pas à expliquer une différence aussi nette », souligne-t-il.
Des périodes de vie plus exposées
Certains facteurs biologiques jouent un rôle. Le système hormonal peut favoriser l’apparition de troubles anxieux ou dépressifs à différentes étapes de la vie. Grossesse, post-partum, cycles menstruels ou ménopause constituent ainsi des périodes particulièrement sensibles.
La dépression post-natale en est l’exemple le plus connu. L’enquête nationale périnatale de 2021 estime qu’elle touche près de 16,7 % des femmes deux mois après un accouchement. Pourtant, beaucoup hésitent encore à en parler. Ce silence retarde souvent la prise en charge et peut favoriser l’installation d’une dépression durable. Mais les spécialistes s’accordent à dire que la biologie n’explique qu’une partie du phénomène. Les facteurs psychologiques et sociaux jouent un rôle déterminant dans la santé mentale des femmes.
La pression de la ‘triple injonction’
Dans l’imaginaire collectif, les femmes restent fréquemment associées à plusieurs rôles simultanés : mère, conjointe et professionnelle accomplie. Cette ‘triple injonction’ crée une pression permanente. Les femmes sont souvent attendues comme des ‘superwomen’ capables de tout concilier. Dans la vie quotidienne, cette pression se traduit par une charge mentale plus lourde. Selon les données de l’Insee, les femmes consacrent en moyenne une heure et demie de plus par jour que les hommes aux tâches domestiques. Elles restent également les principales interlocutrices de l’école ou des structures de garde et gèrent plus fréquemment le suivi médical des enfants.
Ces responsabilités, souvent invisibles, peuvent s’accumuler jusqu’à provoquer un épuisement psychique. Travail, enfants, maison : tout contribue à puiser dans l’énergie des femmes. Lorsque toutes les ressources sont mobilisées en permanence, le risque de fatigue mentale et de dépression augmente.
Des inégalités persistantes au travail
Le monde professionnel constitue un autre facteur de vulnérabilité. Les femmes déclarent plus souvent devoir faire leurs preuves pour être reconnues à égalité avec leurs collègues masculins. Elles sont aussi davantage exposées aux comportements sexistes ou au harcèlement.
Le baromètre Santé et qualité de vie au travail 2023 de Malakoff Humanis révèle ainsi que 44 % des femmes salariées se déclarent en mauvais état de santé psychologique, contre 32 % des hommes. Une situation qui s’explique aussi par la combinaison entre pression professionnelle et charge familiale.
Dans certains secteurs très hiérarchisés, les mécanismes de protection restent insuffisants. Les difficultés à dénoncer des comportements déplacés ou à faire reconnaître une situation de harcèlement peuvent accentuer la souffrance psychologique.
Une prise de conscience progressive
Face à ces constats, les pouvoirs publics commencent à se mobiliser. Un rapport parlementaire publié en 2023 a formulé 25 recommandations pour améliorer la santé mentale des femmes. Les propositions portent notamment sur la formation des professionnels de santé aux spécificités féminines, la mise en place de consultations à des moments clés de la vie – puberté, grossesse, ménopause – ou encore le renforcement de la prévention auprès des adolescentes.
Le document insiste également sur la nécessité d’intégrer davantage la dimension de genre dans les politiques de santé au travail et de lutter plus efficacement contre les violences professionnelles.
Car au-delà des différences biologiques, la santé mentale des femmes renvoie aussi à des questions d’organisation sociale et professionnelle. Pour les entreprises comme pour les CSE, la prévention des risques psychosociaux et l’attention portée à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle deviennent des leviers essentiels pour réduire ces inégalités invisibles.
Kalivi, partenaire de la qualité de vie au travail
Face à l’augmentation des risques psychosociaux, certaines entreprises choisissent de s’appuyer sur des acteurs spécialisés. C’est le cas de Kalivi, structure dédiée à la qualité de vie et aux conditions de travail. Créée par Timothée Babled après un parcours de treize ans chez Sodexo et une expérience dans le secteur médico-social, l’entreprise est née pendant la crise du Covid, moment charnière qui a mis en lumière les enjeux de bien-être au travail. Aujourd’hui, Kalivi rassemble près de 80 collaborateurs et accompagne environ 150 organisations dans toute la France, de l’hôpital à l’industrie en passant par l’éducation ou les services.
Son approche repose sur trois piliers : diagnostiquer, prévenir et accompagner. L’équipe réalise d’abord des enquêtes et des diagnostics de qualité de vie au travail afin d’identifier les facteurs de risque. Elle propose ensuite des formations destinées aux RH, aux managers, aux salariés et aux élus de CSE, notamment sur la prévention des risques psychosociaux ou la gestion des conflits.
Kalivi intervient aussi dans des situations sensibles : médiations entre salariés, enquêtes internes en cas de harcèlement moral ou sexuel, ou encore accompagnement des référents ‘harcèlement’ des CSE dans leurs missions.
Le management constitue également un axe important d’intervention. L’entreprise aide les responsables d’équipe à trouver une posture équilibrée, à développer une communication bienveillante et à mieux gérer les tensions au sein des collectifs de travail. Chaque mission est adaptée au contexte de l’organisation, car, comme le rappelle son fondateur, « chaque situation est différente ».
Dans un contexte où plus d’un salarié sur deux déclare avoir été confronté à des risques psychosociaux, Kalivi entend ainsi contribuer concrètement à améliorer la santé mentale au travail et à renforcer la prévention au sein des entreprises.



