L’intelligence artificielle ne fait pas disparaître les emplois… mais elle complique sérieusement l’accès au premier d’entre eux. Les jeunes diplômés voient les portes d’entrée se refermer, alors même que leur motivation reste intacte. Un défi qui interroge aussi les entreprises sur leurs futurs viviers de compétences.
L’entrée sur le marché se rétrécit
Le constat est frappant : entre janvier 2024 et fin 2025, les offres d’emploi destinées aux débutants ont chuté de 29 %. Les grandes entreprises prévoient, elles aussi, de réduire leurs recrutements de jeunes diplômés, avec une baisse annoncée de 7 % pour la campagne 2025-2026. Le phénomène est discret, car il ne se traduit pas par des licenciements massifs. En réalité, ce sont des postes qui ne sont tout simplement plus créés. L’essor de l’intelligence artificielle générative change la donne. Les tâches traditionnellement confiées aux juniors – recherche documentaire, premières rédactions, analyses de données ou vérifications – sont désormais réalisées beaucoup plus rapidement grâce aux nouveaux outils. Ainsi, un salarié expérimenté, équipé d’une IA, peut accomplir seul une partie du travail qui nécessitait auparavant plusieurs collaborateurs débutants.
Une génération toujours motivée
Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes n’ont pas perdu le goût du travail. Bien au contraire : 84 % des 18-28 ans affirment être motivés pour travailler. Le problème n’est donc pas l’envie, mais bien l’accès au premier emploi. Cette situation allonge les parcours d’insertion. Les stages, l’alternance ou les contrats courts deviennent souvent des passages obligés avant d’espérer décrocher un CDI. Les processus de recrutement se complexifient également, avec davantage de tests, d’entretiens et d’évaluations, sans garantie d’embauche à la clé.
Former aujourd’hui pour recruter demain
Cette stratégie de réduction des recrutements juniors pourrait pourtant se retourner contre les employeurs. Les directions des ressources humaines alertent déjà sur un risque : sans jeunes recrues aujourd’hui, difficile de disposer de collaborateurs expérimentés dans quelques années. Le défi est donc double. Les entreprises doivent continuer à gagner en productivité grâce à l’IA, tout en maintenant la transmission des compétences. De leur côté, les établissements de formation sont appelés à intégrer davantage les usages de l’intelligence artificielle afin que les diplômés arrivent sur le marché avec des compétences déjà adaptées.
Les pouvoirs publics cherchent des solutions
Pour éviter une véritable fracture générationnelle, plusieurs pays ont mis en place des dispositifs d’aide à l’embauche des jeunes. En France, les employeurs peuvent bénéficier d’aides pouvant atteindre 4 000 euros par an pour le recrutement de salariés de moins de 26 ans. L’objectif est de compenser le coût de la formation d’un débutant dans un contexte où l’IA améliore fortement la productivité des profils expérimentés.
Ces mesures restent toutefois des réponses à court terme. À plus long terme, tout l’enjeu sera de préserver les premières marches de l’emploi, indispensables à la construction des compétences et au renouvellement des équipes. Car si l’intelligence artificielle transforme profondément le travail, elle ne remplacera jamais l’expérience… encore faut-il pouvoir commencer à l’acquérir !



