Chaque année, les fêtes des mères et des pères rythment notre printemps. Mais connaissez-vous vraiment l’origine de ces festivités ? Elles plongent leurs racines dans des contextes religieux, politiques et sociaux. De l’Angleterre médiévale aux préoccupations natalistes françaises, du culte de Saint Joseph aux stratégies marketing d’après-guerre, retour sur deux traditions familiales devenues incontournables.
Des célébrations aux origines multiples
Si la fête des mères évoque aujourd’hui dessins d’enfants et petits-déjeuners au lit, ses racines remontent bien plus loin. Dès le XVe siècle, le ‘Mothering Sunday’ britannique permettait aux domestiques de rejoindre leur famille le quatrième dimanche de Carême. Les jeunes filles offraient alors à leur mère un simnel cake, gâteau orné de onze boules symbolisant les apôtres. Cette tradition religieuse s’estompe au XIXe siècle, laissant place à une version américaine laïque.
C’est Anna Jarvis, enseignante et militante pacifiste, qui donne son visage moderne à cette célébration. Après le décès de sa mère en 1905, elle mène une campagne de sept ans aboutissant en 1914 à l’instauration d’un jour férié dédié aux mères, fixé au deuxième dimanche de mai. La fête gagne rapidement l’Europe, au grand dam de sa créatrice qui déplore déjà son but commercial.
Quand la démographie s’invite en France
En France, l’histoire prend une tournure singulière, teintée de préoccupations démographiques. Face au déclin de la natalité, le statisticien Jacques Bertillon, fondateur en 1896 de l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population, propose une ‘fête des enfants’ célébrant les familles nombreuses.
Naît ainsi en 1906 à Artas, en Isère, la première ‘Journée des mères de familles nombreuses’. Mais la tradition peine à s’implanter jusqu’à la Première Guerre mondiale, où l’influence du Mother’s day américain change la donne. Après le succès de la manifestation lyonnaise de 1918, relayée par la presse, les cérémonies se multiplient. La fête est officialisée en 1926.
Contrairement aux idées reçues, Pétain n’a pas inventé la fête des mères. Le régime de Vichy l’inscrit néanmoins au calendrier politique dès 1941, en faisant un instrument de propagande familialiste. Les écoliers confectionnent dessins et poèmes, tandis que les publicités encouragent l’achat de bouquets. Après-guerre, pendant les Trente Glorieuses, les cadeaux se diversifient : parfums, cosmétiques, mais aussi électroménager.
La fête des pères : du culte de saint Joseph au marketing
Du côté des papas, l’histoire commence au Moyen Âge. Le 19 mars, jour de la Saint-Joseph, devient au XVe siècle la date de célébration du père adoptif de Jésus. En 1621, le pape Grégoire XV rend cette fête obligatoire. Léon XIII confère en 1889 à saint Joseph le titre de patron des pères de famille. Les enfants offrent de petits présents à leur père, mais cette tradition reste religieuse.
Il faut attendre 1909 pour qu’une jeune Américaine, Sonora Smart Dodd, transforme cette célébration. Élevée par son père veuf, vétéran de la guerre de Sécession, elle souhaite lui rendre hommage en instaurant une journée équivalente à celle des mères. L’État de Washington accepte et fixe la célébration au 19 juin, jour d’anniversaire de son père. La fête devient officiellement nationale en 1972 sous la présidence Nixon, célébrée le troisième dimanche de juin.
En France, c’est le commerce qui laïcise la fête des pères. En 1949, la marque de briquets Flaminaire lance une campagne incitant les enfants à offrir leurs produits aux papas. L’opération marketing ancre définitivement cette célébration dans le paysage français, lui donnant une dimension consumériste.
Aujourd’hui, ces journées demeurent l’occasion de témoigner affection et reconnaissance. Qu’il s’agisse de bouquets artisanaux, de moments partagés ou de simples attentions, l’essentiel réside dans l’intention. Et si en tant que CSE, vous innoviez cette année pour rendre hommage aux salariés-parents ?



